Page:Sand - Simon - La Marquise - M Rousset - Mouny-Robin 1877.djvu/268

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aider à se soustraire à la persécution. À quoi bon battre les bois et se donner tant de peine ? vous dira-t-on. Nous ne trouverons pas un seul loup aujourd’hui. C’est un tel qui les a serrés dans sa grange. Allez-y. Vous en trouverez là plus de cent à la crèche.

Ah ! combien de loups Mouny-Robin a ainsi hébergés et soustraits à nos recherches ! C’est grâce à lui, sans doute, que nous n’en avons jamais vu un seul à quatre lieues à la ronde, et, sous ce rapport, c’était un sorcier bien utile aux moutons du pays.

Mais un sorcier est toujours réputé méchant et nuisible, et Mouny-Robin fut toujours vu de mauvais œil. C’était pourtant la plus douce et la plus obligeante créature du monde. Lorsque je l’ai connu, il était encore jeune ; c’était un homme assez grand, mince, et d’une apparence délicate, quoique d’une force rare. Je me souviens qu’un jour, voulant traverser son pré pour éviter de faire un long détour, je me trouvai empêché par un très-large fossé, rempli d’eau et de vase. Tout à coup je le vis sortir de derrière un saule. — Vous ne passerez pas là, mon enfant, me dit-il, c’est impossible. — Cela ne me paraissait pas impossible ; mais quand j’essayai de poser les pieds sur les pierres aiguës et glissantes qui, jetées çà et là dans le fossé, formaient une sorte de sentier, je trouvai la chose plus difficile que je ne l’avais pensé. J’étais avec un enfant plus jeune que moi, qui me dit : N’essayez pas de passer. Mouny ne veut pas ; c’est un endroit ensorcelé par lui, et, quoiqu’il n’y ait pas beaucoup d’eau, s’il le veut, nous allons nous y noyer.

Comme nous étions en plein jour, et que je n’ai jamais eu peur à cette heure-là, je me moquai de cet avertissement, et j’appelai Mouny. — Viens ici, lui dis-je, et si tu es un brave sorcier, fais-moi passer par le meilleur chemin, puisque tu le connais. — Il fut très-satisfait de cette