Page:Sand - Tamaris.djvu/90

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Elles ne chantent qu’à la première aube ; le reste du jour, elles ont peur et se taisent.

— Mais, quand la mer est furieuse, et que les terribles vents de Provence soufflent de l’est ou de l’ouest, luttant à qui sera le plus méchant et le plus froid, ne souffrez-vous pas ?

— Physiquement, oui, un peu ; mais il y a du bien-être à regarder du coin de son feu les petites roses hâtives qui se laissent secouer, comme si elles y prenaient plaisir, pendant qu’à travers leurs branches fleuries on aperçoit là-bas, bien loin, les grosses vagues qui ont l’air d’être tout près et de vouloir battre les fenêtres. La nuit, au milieu des plus furieuses rafales, les tourterelles roses de madame Aubanel chantent à toute heure, et ces voix amies semblent vouloir tenir en éveil les lares protecteurs de la maison. La petite chienne n’aboie pas à autre intention, j’en suis sûre. Et puis ce climat capricieux vous fait oublier en un jour les ennuis et les impatiences d’une semaine. Tout pousse et fleurit si vite au moindre calme qui se fait ! tenez, mes matinées de soleil me consolent de tout. De ma chambre, je vois tout ce qui se passe sur le rivage et dans le petit golfe. Le premier en barque est toujours ce bon Pasquali : je le reconnais à sa coiffe de toile blanche sur son chapeau gris. Sa barque semble soudée au miroir du golfe, tant elle glisse lentement, et lui, on le croirait soudé à sa barque, tant il est attentif