Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/331

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BRÉCOURT, à part, et l’observant du fond du théâtre.

À qui diantre parle cette petite paysanne ? À ses oies, Dieu me pardonne !


PIERRETTE, se croyant seule.

Ah ! c’est qu’il les faut souvent avertir, ces demoiselles-là ! Ça vous a une cervelle si légère ! ce n’est point comme moi qui pense toujours à quelque chose. Voyons, à quoi est-ce que je penserais bien ?… Je penserais bien à manger ; mais mordi ! je n’ai miette à me fourrer sous la dent. À dormir ;… mais il faut que je songe aussi à garder mes oies, et ces deux idées-là ne peuvent jamais s’accorder ensemble. Dame ! je m’ennuierais bien d’être toute seule sur la montagne si je n’avais point mon brin d’esprit pour me tenir compagnie. Ils disent pourtant à la ferme que je suis simple. (Changeant sa voix et contrefaisant quelqu’un.) « Une grande sotte qui a seize ans et qui ne sait rien de rien ! » (Reprenant sa voix.) Oh ! oui-da ! si on m’avait enseigné quelque chose, je saurais quelque chose. (Apercevant Brécourt.) Oh la la ! oh la la !…

Elle veut s’enfuir.

BRÉCOURT.

Eh bien, donc, ma fille ! est-ce que je vous fais si grand’peur ?


PIERRETTE.

Oh ! oui, grand’peur, monsieur ! Ne me faites point de mal : je ne vous parle point.


BRÉCOURT.

Tu es une vraie sauvage, ma mie, et si tu discourais seule fort gaillardement tout à l’heure.


PIERRETTE.

Vous m’écoutiez donc ? Voire, qui l’aurait su ! Mais je n’ai rien dit pour vous faire du tort. Je ne pensais seulement point à vous.


BRÉCOURT.

Je le crois. Aussi ne veux-je point te faire de peine. Tiens, connais-tu cela ?

Il lui montre une pièce de monnaie.