Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/454

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BARON.

Pourquoi me dites-vous cela, Molière, et d’un air courroucé ? Mon Dieu ! en quoi ai-je pu vous déplaire ?


MOLIÈRE.

C’est que vous êtes un ingrat, Baron, et que j’ai horreur des ingrats, ne l’ayant jamais été moi-même, et ne comprenant pas qu’on le puisse être !


BARON.

Moi, ingrat ? Dieu m’est témoin qu’il n’est point de sacrifices que je ne voulusse faire, et de tourments que je ne fusse glorieux d’endurer pour l’amour de vous.


MOLIÈRE.

Des protestations, des serments ! Va-t’en, je te méprise !


BARON.

Mon père ! Est-il possible ?…


MOLIÈRE.

Va-t’en, te dis-je ; je ne te suis plus rien !


BARON, à part.

C’est la fièvre, c’est le délire. (Haut.) Molière, allons chez vous, venez, vous êtes malade.


MOLIÈRE.

Je ne suis pas malade, je ne suis pas égaré. J’ai toute ma raison, toute ma force, et je vous dis que vous êtes un traître.


BARON.

Molière, je dois tout souffrir de vous ! mais, s’il est vrai que je sois coupable, faites-moi savoir comment, et, s’il faut expier ma faute, tout mon sang…


MOLIÈRE.

Ceci est une feinte ridicule, monsieur, et votre audace me confond ! Il me semblait qu’au premier mot, vous dussiez vous ôter de devant mes yeux. Sachez donc que je n’ai point d’explication à vous donner, et que je n’en accepterais aucune de