Page:Sand - Theatre de Nohant.djvu/41

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LE DRAC, lisant.

« Cher et honoré patron maître André, je mets la main à la plume pour vous annoncer que je suis rentré, ce soir, en rade, à bord du navire le Cyclope, d’où ce que je vous écris ces lignes à seules fins de vous demander pardon de ma mauvaise conduite passée, que j’en suis très-mortifié de vous avoir déplu, que j’en demande pardon aussi à votre honoré fils, mon bon ami et ancien camarade, auquel que, malgré mes sottises, j’ai toujours porté estime et amitié, de même qu’à votre respectable épouse, que j’ai eu tant de chagrin d’apprendre sa mort, et ne m’en consolerai jamais… »


ANDRÉ, essuyant ses yeux.

Ni moi ! vrai bon Dieu ! Allons ! lis le tout !


LE DRAC, lisant.

« Par ainsi, je vous demande permission de me présenter devant vous pour vous faire excuse et donner la preuve que j’ai réparé mon honneur, avec promesse de réparer mes torts que j’ai eus envers vous et votre respectable famille.

» Signé : Jean-Louis Bernard.
» Chevalier de la Légion d’honneur. »

ANDRÉ, bondissant sur sa chaise.

Il y a ça, chevalier de… ? C’est pas une farce ? de la Légion d’honneur ?


LE DRAC.

Y a ça. (À part.) C’est donc un talisman ?


ANDRÉ.

Ah çà ! mais alors…


LE DRAC.

Alors vous lui pardonnez ?


ANDRÉ.

Ça t’étonne ? Ah ! oui, t’es étranger, toi. Et puis t’es un enfant ! Tu ne sais pas ce que c’est pour un simple matelot parti il y a deux ans… Faut qu’il ait fait quelque chose de très-joli, pas moins !