Page:Satires d'Horace et de Perse.djvu/13

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Et puisque le destin a comblé tes souhaits,
Commence à mettre un terme à tes vastes projets ;
Ne va pas imiter, l’aventure est notoire,
Certain Umidius dont j’abrège l’histoire.
Riche au point de compter ses écus par boisseaux,
On eût dit un esclave, à ses hideux lambeaux.
Il n’avait qu’un tourment, il craignait la famine ;
Il la craignait sans cesse. Indomptable héroïne,
Un jour son affranchie, une hache à la main,
Nouvelle Tyndaride, avança son destin.
— Qui donc me faudrait-il imiter, pour vous plaire ?
Mœvius ? — C’est tomber dans l’extrême contraire.
D’un vil amour du gain vouloir te corriger,
À la profusion ce n’est point t’engager,
Ce n’est point te prêcher le luxe et la dépense.
D’Hermogène à Druson l’intervalle est immense.
Il est un point exact où l’on doit se fixer ;
Un point qu’il faut atteindre et ne point dépasser.
Je rentre en mon sujet. Par quel travers bizarre
Se fait-il qu’ici bas, plus sage que l’avare,
Dans sa profession nul ne se trouve bien,
Et préfère toujours le sort d’un autre au sien ?
Que d’un voisin heureux la chèvre plus féconde
Le tourmente et lui cause une douleur profonde ?
Et qu’au-dessus de lui portant un œil jaloux,
Jamais sa vanité ne regarde au-dessous ?
Il a beau s’agiter ; l’arrêtant au passage,
Un plus riche toujours s’en vient lui faire ombrage.
Ainsi lorsque dans Pise, à pas précipités,
Par cent coursiers fougueux les chars sont emportés,