Page:Satires d'Horace et de Perse.djvu/23

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Tantôt du nom des rois, de la pompe des cours
Son orgueil ampoulé remplissait ses discours ;
Tantôt baissant le ton : une obscure chaumière,
Une table à trois pieds, une simple salière,
Une toge d’un drap, quelque grossier qu’il soit,
Qui puisse dans l’hiver me défendre du froid,
C’est assez, disait-il ; je dédaigne le reste.
Cet homme en ses désirs si borné, si modeste,
S’il recevait comptant le cens d’un chevalier,
Dans sa bourse, en cinq jours, n’avait plus un denier.
Enfin veillant la nuit, ronflant dans la journée,
Il n’était pas le même une heure dans l’année.
Mais vous, me dira-t-on, qui le blâmez ainsi,
Êtes-vous sans défaut ? Non ; j’ai les miens aussi,
Et loin de valoir mieux, peut-être je suis pire.
De Novius absent Lupus osait médire :
Holà, lui dit quelqu’un ; pour qui vous prenez-vous ?
Croyez-vous, par hasard, être inconnu chez nous ?
Moi, dit-il, je n’en veux imposer à personne ;
J’ai mes petits travers ; mais je me les pardonne.
Cet amour de soi-même est sot, désordonné,
Digne d’être en public hautement condamné.
Taupes pour nos défauts, aigles pour ceux des autres,
Qu’y gagnons-nous ? On cherche, on trouve aussi les nôtres.
Un tel est susceptible ; il n’aime point ces gens,
Grands diseurs de bons mots toujours désobligeants ;
Une taille mal prise, une toge sans grâce
Qui jusques aux talons lui tombe et l’embarrasse,
De gros et lourds souliers, des cheveux courts et plats,
Tel il est dans sa mise, et qui n’en rirait pas ?