Page:Satires d'Horace et de Perse.djvu/25

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Riez-en, je le veux ; mais il n’est point dans Rome
De cœur plus généreux, de plus excellent homme ;
Il est de vos amis, et ces simples dehors
Du plus rare génie enferment les trésors.
Enfin, vous qui montrez cette rigueur extrême,
Sondez bien votre cœur ; descendez-en vous-même ;
Regardez si le ciel vous a créé parfait ;
Ou si vous apportant quelque vice secret,
L’habitude n’a point corrompu la nature.
La ronce croît bientôt dans un champ sans culture.
Oh ! combien je chéris la douce illusion
Qui d’un cœur bien épris nourrit la passion !
Tout est grâce et beauté dans celle qu’on adore ;
Même dans ses défauts elle est charmante encore.
Témoin Balbus pour qui, dans son aveuglement,
Le polype d’Agna semblait un agrément.
Hélas ! que ne voit-on, envers celui qu’il aime,
Dans cet heureux excès chacun tomber de même !
Et l’homme à la vertu rendant un juste honneur,
Donner un nom plus saint à cette noble erreur !
Que ne voit-on entr’eux, dans leurs ardeurs sincères,
Les amis imiter l’indulgence des pères !
Cet enfant dans les yeux porte un signe effrayant !
Il louche, dit tout bas son père en bégayant.
Ce n’est qu’un avorton, un sisyphe, un pygmée !
Il est vrai ; mais sa taille est svelte et bien formée.
Ses jambes de travers se touchent au milieu !
Il n’est pas contrefait ; mais c’est qu’il boite un peu.
Sur un pied qui chancèle il se soutient à peine !
C’est un peu de grosseur au talon, qui le gêne.