Page:Satires d'Horace et de Perse.djvu/3

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SATIRE I.


Cher Mécène, comment se fait-il que personne,
Dans la profession, ou que son choix lui donne
Ou qu’il doit au hasard, ne trouve qu’il est bien
Et préfère toujours le sort d’un autre au sien ?
Qu’un marchand est heureux, dira ce militaire,
Qui, le corps tout brisé des travaux de la guerre,
Pour son pays encor se bat à soixante ans !
Au contraire, à l’aspect des flots et des autans,
Le marchand, loin du port, inquiet, en alarmes :
Oh ! que n’ai-je suivi la carrière des armes !
C’était le bon parti ! Car enfin, un soldat,
Quel soin peut l’agiter ? On livre le combat ;
Il vole, et dans l’instant, tombe et meurt avec gloire,
Ou revient en chantant César et la victoire.
Celui dont un client, au lever du soleil,
Vient ébranler la porte et hâter le réveil,
Prétend que les champs seuls du bonheur sont l’asyle.
Le bonheur ! il n’a plus son séjour qu’à la ville,