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Page:Satires d'Horace et de Perse.djvu/31

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LIV. I SATIRE III.

Romprai-je tous les nœuds qui l’unissaient à moi ?
Que lui ferais-je donc s’il violait sa foi ?
S’il commettait un vol ? s’il osait, vil faussaire,
Garder l’or dont mes mains l’ont fait dépositaire ?
Ces gens aux yeux de qui tout délit est égal,
Quand on en vient aux faits, se défendent fort mal.
L’usage, le bon sens et l’intérêt lui-méme,
Père de l’équité, tout combat leur système.
Quand nos premiers aïeux, race muette encor,
Pour la première fois prenant un libre essor,
Dans les champs d’alentour osèrent se répandre ;
Un antre, un peu de gland à chercher, à défendre,
Tels furent leurs trésors, leurs plus chers intérêts.
Les ongles et les poings leur tenaient lieu de traits ;
De bâtons aiguisés bientôt leurs mains s’armèrent ;
Ensuite aux longs épieux les glaives succédèrent.
Ce désordre dura jusqu’au tems plus heureux,
Où de signes enfin ils convinrent entr’eux,
Et de leurs sentimens, à l’aide du langage,
Parvinrent à se rendre une fidèle image.
Alors on se lassa de ces exploits cruels :
On bâtit des remparts ; on dressa des autels ;
On proscrivit le vol, le meurtre, l’adultère ;
Car avant Ilion et sa fatale guerre,
Déjà plus d’une Hélène, armant mille héros,
Avait de sang humain fait ruisseler des flots ;
Mais des mains d’un rival qui périssait sans gloire,
Le plus fort arrachait sa proie et la victoire ;
Comme on voit dans la plaine, au milieu d’un troupeau,
Pour venger ses amours, combattre un fier taureau.