Page:Satires d'Horace et de Perse.djvu/33

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Ainsi du droit public première fondatrice,
La crainte de l’injuste a créé la justice.
Interrogez les temps, ils vous le prouveront
La nature en effet, d’un mystère profond,
Du juste et de l’injuste enveloppant l’essence,
N’en fait point à nos yeux briller la différence,
Ainsi que de l’objet qui convient ou qui nuit,
Par l’organe des sens, sa bonté nous instruit,
Et jamais, en dépit d’un absurde système,
On ne me convaincra que le crime est le même,
D’aller à son voisin ravir quelques poireaux,
Ou des morts, dans la nuit, dépouiller les tombeaux.
Sachez donc, de Thémis tenant bien la balance,
Mesurer sagement la peine sur l’offense,
Et l’auteur d’un larcin digne à peine du fouet,
N’allez pas sans pitié l’envoyer au gibet ;
Car ma crainte n’est pas qu’invoquant l’indulgence,
Vous tempériez des lois l’inflexible vengeance,
Vous qui du même fer tranchant tous les délits,
Et comme les plus grands frappant les plus petits,
Si l’on vous faisait roi... mais que dis-je, le sage
A lui seul la beauté, la richesse en partage,
Est cordonnier, est roi. Pourquoi brigueriez-vous
Un titre, quel qu’il fût, quand vous les avez tous ?
— De vos stoïciens j’entends mal le principe ;
— Apprenez, dites-vous, ce qu’enseigne Chrysippe.
Le sage à ses souliers n’a jamais fait un point :
Le sage est cordonnier pourtant. — Je n’entends point.
— Écoutez. Pensez-vous, lorsque laissant la scène,
Hermogène se tait, qu’il n’est plus Hermogène ?