Page:Satires d'Horace et de Perse.djvu/39

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À ce propos, j'entends un rival qui m'appelle ;
C'est Crispinus : allons, l'occasion est belle,
Des tablettes, dit-il : qu'on nous assigne un lieu,
Une heure, des témoins; et que l'on voie un peu
Qui fera plus de vers et les fera plus vite.
Je n'ai point, grâce au ciel, ce facile mérite.
Ma muse est plus timide, et fort heureusement
N'aime point à parler et parle rarement
Pour vous que peut charmer un honneur si frivole,
Imitez, j'y consens, ces soufflets dont Éole,
Pour amollir le fer sous des charbons brûlants,
Sans cesse avec effort presse et gonfle les flancs.
Homme heureux, qui du peuple emportant les suffrages,
Le vois au palatin, déposer tes ouvrages,
Triomphe, Fannius, parmi les beaux-esprits !
Moi, ce n'est qu'en tremblant que je lis mes écrits.
Tant de gens aujourd'hui prêtent à la satire,
Que l'on goûte fort peu cette façon d'écrire.
Dans la foule en effet prenez qui vous voudrez :
Tous se livrent en proie à des désirs outrés :
L'un aspire à briller dans les charges publiques ;
L'autre veut des trésors ; celui-ci des antiques ;
Celui-là, que domine un goût capricieux,
S'extasie à l'aspect d'un vase précieux.
Albius, des climats où se lève l'aurore,
À ceux qu'en se couchant Phœbus échauffe encore,
Pour conserver ses biens ou pour les augmenter,
À travers mille écueils est prêt à se jeter ;
Et comme on voit l'auster, précurseur de la foudre,
Faire voler au loin des tourbillons de poudre,