Page:Satires d'Horace et de Perse.djvu/41

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L'avarice l'emporte au bout de l'univers.
Aussi dans ces gens-là quelle horreur pour les vers !
Fuyez : c'est un poète : il n'aime qu'à médire :
Il perdrait vingt amis plutôt qu'un mot pour rire,
Et dès qu'il vous aura blessé d'un trait malin,
Il ne dormira pas que, dans le cirque, au bain,
Partout, on n'ait redit son bon mot à la ronde.
Voilà ce qu'on prétend : souffrez que je réponde.
D'abord, car sur ce point on ne peut s'abuser,
Je ne suis point poète et dois me récuser.
Ce nom n'appartient point au vulgaire mérite
De renfermer un vers dans la borne prescrite,
Et de laisser sa plume errant sur le papier,
Ébaucher en courant un discours familier.
Il ne sied, il n'est dû qu'au sublime génie
Dont tous les vers sont pleins de force et d'harmonie;
Et c'est pourquoi plusieurs, avec quelque raison,
Aux amans de Thalie ont refusé ce nom,
Attendu qu'on n'exige en ce genre facile,
Ni l'éclat du sujet, ni la pompe du style,
Et que, le plus souvent, certain rythme excepté,
C'est le simple entretien de la société.
Ce n'est point, je le sais, qu'un père dans Térence,
Ne tonne contre un fils avec quelque éloquence,
Lorsque d'une étrangère éperdument épris,
Ce fils du peuple entier affrontant le mépris,
Refuse obstinément un riche mariage,
Et, loin de mettre un terme à son libertinage,
Ajoutant à sa faute un opprobre nouveau,
Ivre dès le matin, court la ville au flambeau.