Page:Satires d'Horace et de Perse.djvu/45

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Et quand parfois je cède à des vœux exigeants,
Ce n'est point en tout lieu ni sans choisir mes gens.
D'autres, en pleine rue, au bain, sous les portiques,
Viendront vous débiter leurs phrases emphatiques.
Dans un lieu bien fermé la voix résonne mieux.
C'est là que de ses vers lecteur harmonieux,
Que son Phœbus nous plaise ou qu'il nous incommode,
Se plaît à déclamer un auteur à la mode :
Je n'ai point ce travers. — Mais je suis trop méchant,
Et j'ai tort, dites-vous, de suivre un tel penchant !
D'où vient donc la rigueur de ces traits qui me blessent ?
Et qui m'accuse ainsi, de ceux qui me connaissent ?
Il est, je le sais trop, des esprits malfaisants.
Celui qui parle mal de ses amis absents,
Qui ne les défend pas d'une injuste critique,
Qui se plaît à passer pour un esprit caustique,
Qui veut faire à tout prix applaudir ses bons mots,
Qui trahit un secret, qui sème des bruits faux,
Qui sur la vertu même ose élever des doutes,
Romain, voilà celui qu'il faut que tu redoutes.
Sur trois lits quelquefois, chez Lucullus admis,
Dans un riche banquet vous voyez douze amis,
Dont l'un se permettant de railler tout le monde,
Répand autour de lui le sarcasme à la ronde ;
Trop heureux si des traits de sa malignité,
Le maître du festin est lui-même excepté,
Quand Bacchus des replis les plus secrets de l'âme,
Avec la vérité fait jaillir l'épigramme ;
Ce railleur vous parait aimable, de bon ton,
D'excellent caractère, à vous, homme si bon !