Page:Satires d'Horace et de Perse.djvu/9

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Dois-tu priser si fort tes opulens greniers,
Et les mettre au-dessus de mes simples paniers ?
Amené par la soif au bord d’une fontaine
Où dans un pur cristal tu peux boire sans peine,
À ce fleuve, dis-tu, j’aimerais mieux puiser.
Que produit cette ardeur trop prompte à t’abuser ?
Le rivage s’éboule, et le bruyant Aufide
T’entraîne sans retour en sa vague rapide.
Qui sait en ses désirs se borner à propos,
D’une eau pure abreuvé, ne meurt pas dans les flots.
Pourtant, va s’écrier ce stupide vulgaire
Qu’éblouit de l’argent l’éclat imaginaire,
Si c’est d’après nos biens que nous sommes classés,
Peut-on trouver jamais qu’on en possède assez ?
Que dire à ces gens-là ? Déplorer leur misère,
Et puisqu’on ne les peut guérir, les laisser faire.
Tel jadis enrichi dans un honteux trafic,
Certain grec poursuivi par le mépris public,
D’Athènes à son tour dédaignait les suffrages :
Ils me sifflent, dit-il ; mais, malgré leurs outrages,
En contemplation devant mon coffre-fort,
Quand je vois mes écus, moi, je m’applaudis fort.
Tantale est dans un fleuve, a soif et ne peut boire.
Tu ris ? Change le nom ; sa fable est ton histoire.
Sur ces sacs entassés par cent moyens divers,
Nuit et jour aux aguets, tu dors les yeux ouverts,
Et, le sein haletant, les lèvres altérées,
Tu n’y touches pas plus qu’à des choses sacrées,
Qu’à des tableaux de prix. Quoi donc ? Ignores-tu
Ce que vaut, et de quoi peut servir un écu ?