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LA PERMUTATION rt : à EN LETTO-SLAVE. 155

dirigées sur le nouveau présent. Nous n'avons pu découvrir qu'un seul exemple qui, sur ce point, répondit à la théorie: c'est le féminin got, sokni-. Les thèmes en -ni demandent en effet le degré 1, ainsi que le prouve siuni- de la rac. sehv (cf. skr. hà-ni, gyâ-ni, en regard de hinâ, gï-7id). Donc «sahii-* eût été irrégulier au même chef que hatis. Le norr. dœgr pour *dôgis serait un second cas de ce genre si Ve du lit. degù ne rendait tout fort incertain. Cf. la note.

La permutation en question est fort commune en letto-slave. Lituanien pra-n-tù:prôtas, èadù:t6dis etc. — En slave on a les verbes comme po-magajq, badajq, en regard de mogq, bodq etc. De même qu'en germanique, Va, dans les cas où l'a bref est conservé paral- lèlement, devient pour la langue une espèce de gradation.

Ici nous devons faire mention d'une innovation très étendue qui donne au vocalisme letto-slave une physionomie à part. Tandis qu'en germanique la confusion de a avec «2 ^'^ amené presque aucun trouble dans le système des voyelles, le letto-slave au contraire a mélangé deux séries vocaliques, et nous voyons l'a (ou d, p. 65) issu de ag permuter avec â (a) comme s'il était a. De là l'échelle slave e.o.a dans les nombreux exemples comme tekq, tociti, takati, l'échelle lituanienne e : a : o, comme dans êeliù, éàlias, èolë^. Voir Schleicher, Lit. Gr. 35 seq. — Il faut avouer que d'autres allonge- ments de ce genre restent inexpliqués, je veux dire particulièrement l'ê des fréquentatifs slaves comme plétajq de pletq. Il serait à sou- haiter aussi qu'on sût à quoi s'en tenir sur l'ê long germanique des formes comme nëmja- (rac. nem). Amelung, remarquant que l'ê est suivi le plus souvent d'une syllabe contenant i ou y, supposait une •épen thèse et ramenait nëmja- à *namja-, *naimja-.

Il reste à considérer les racines qui ont un ë médial, type ab- solument parallèle à \â9, Xem, bepK. On a la proportion : . /pHT '

e^ = xde : cxd.

1. Le germanique n'est pas sans offrir un ou deux exemples analogues. Ainsi le got. dags (dont la racine est âeg si l'on peut se fier au lit. degii) est accompagné de fidur-dogs, ahtau-dogs. Sans dœgr (cf. ci-dessus), on pourrait songer à voir dans -dogs le même allongement singulier que présente le second terme des composés indiens çatâ-çâ.rada, prlhu-ffâghanà, dvi-j&ni^ et qui, en grec, se reflète peut-être dans les composés comme eù-rjvujp, q)i\-rip€T|Lioç, où l'allongement n'était pas commandé par une succession de syllabes brèves. — L'allongement du lat. sêdare (v. p. 1.58) et du gr. xpujiroiuj (v. ce mot au registre) n'a rien de commun, croyons-nous, avec les phénomènes slaves dont nous parlons.

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