Page:Sauvage - Tandis que la terre tourne, 1910.djvu/114

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
114
tandis que la terre tourne

Quel charme avaient alors mes frisures châtaines
Que tu les mâchonnais comme on fait d’un rameau ?
L’averse nous tendait l’arc-en-ciel dans ses graines
Et nous restions nichés sous l’amandier déclos.

Ces jours sont abolis. Je suis autre. Ma route
Se rembrunit parfois sous des rayons couchants,
La candeur est blessée et le frisson du doute
Soulève la rumeur de mes arbres penchants.
L’allégresse s’en va. Adieu, jeunes folies,
Roses que j’effeuillais au-dessus du torrent ;
Et vous, rondeau païen de mes mélancolies,
Nymphes qui dévoiliez vos jambes en courant ;
Adieu, chauves-souris qui portiez sur vos ailes
Mon rêve inassouvi, comme un petit dieu mort,
Adieu, blé du soleil, lumières jouvencelles…
Mon passé du matin, je le vois bien, s’endort.
Étendu sur la mousse ainsi qu’un beau jeune homme,
Il sourit vaguement au songe évanoui.
Le prunier va pleurer son odorante gomme,
Les herbes vont monter et s’enlacer sur lui.