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tandis que la terre tourne

Tu viens à l’heure mauve, avec ton vermeil pâle,
Te mirer dans le seau, dans la bêche et le puits,
Tu glaces de lueur l’aurore d’un pétale,
La rigole te traîne en son petit conduit.
Dans l’assiette qu’on met par terre pour la chatte,
Ton baiser nonchalant laisse une empreinte d’or ;
Tu coules sur le lait onctueux de la jatte,
Une mouche te prend un rayon à l’essor.
Les moustiques te font un hymne de leur danse
Qui monte et qui descend nombreuse sur le ciel,
Une abeille peut-être apercevant ta panse
Convoite en s’éloignant ce doux trésor de miel.
Au calme de l’enclos, où la fille tricote
Et sent bondir son cœur comme un brusque animal,
Les brebis font tinter leurs cloches dans la note
Que rendrait en chantant ton limpide métal.
Assis sous un poirier dont la neige s’envole
Le paysan jouit de l’instant sans savoir
Et les enfants joyeux qui rentrent de l’école,
Pris d’un étrange émoi, se taisent de te voir.