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l’arc-én-ciel

Le maître près d’ici laboure un champ de pierres ;
Je vais pour son retour tremper le pain durci,
Préparer à sa faim une assiette fruitière
Et le verre où le vin palpite et s’assoupit.
Nous nous plaisons de vivre à côté de l’espace ;
Un vol d’abeilles tourne avec des cris de fleurs,
La neige qui l’été reste dans les crevasses
Semble se détacher des nuages bougeurs.
Des guêpes au long corps tettent les sorbes mûres,
La maison qui se hâle a des mousses au dos,
La cloche des béliers sonne nos heures pures.
Pour nous chauffer, sitôt que la lune a l’œil clos,
Le soleil comme un bœuf fume dans l’aube nue ;
Car sur nos pics le ciel de lin tiède est tendu
Et notre front obscur est touché par la nue
Lorsqu’elle vient dormir dans les chênes tordus.