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41 AGRICULTURE

la prodigieuse évolution qui marque la fin de ce siècle. Les mêmes produits ou des produits ana- logues pouvant être créés sur des points nombreux du globe et être ensuite presque instantanément demandés et rapidement transportés dans tous les centres de consommation, les conditions de prix auxquels ils peuvent être obtenus réagissent les unes sur es autres et conduisent nécessairement à une production plus abondante, pour le plus grand bien de la collectivité humaine, là où elle est -le moins coûteuse et où, par suite, elle procure le plus de bénéfices.

Mais, ce bien lui-même ne peut être obtenu sans froisser de nombreux intérêts, qui cherchent alors à diminuer les effets de ces grandes lois naturelles par des procédés factices, empiriques en quelque sorte. C’est ainsi que les droits de douane ont peu à peu perdu leur caractère, essentiellement fiscal à l’origine, pour devenir un instrument de protection destiné, par de véritables subventions plus ou moins déguisées, prélevées sur le consommateur, à renchérir artificiellement les denrées que les progrès de la science moderne tendent, au contraire, à mettre à la disposition de l’humanité, plus abondantes, et tout à la fois meilleures et moins chères et, par suite, à en maintenir la production ou à la rendre possible dans les contrées les moins favorisées.

2. Solidarité de l’agriculture avec l’organisation économique générale de la société.

Malgré ses caractères absolument particuliers, l’agriculture ne saurait s’abstraire, en aucune manière, du reste de l’organisation économique de la société tout entière. A travers toute l’évolution économique, elle est restée solidaire du progrès général et soumise aux mêmes influences. Lorsque l’Italie de la Renaissance s’enrichit par le commerce de ses républiques, embellit ses villes, développa ses arts et son industrie et se poliça, l’agriculture y subit une transformation exactement parallèle ; elle ne fit pas exception au progrès. Aujourd’hui encore et plus qu’à toute autre époque, ce sont les pays les plus riches, les plus peuplés, les plus industrieux, qui ont l’agriculture la plus prospère et qui pratiquent les systèmes de culture les plus intensifs, ceux qui permettent de tirer du sol la plus grande somme de produits utilisables.

On trouvera les principes de cette solidarité développés sous les mots Capital (économie rurale) et Culture ; ici nous devons nous borner à la règle générale suivante. L’agriculture est, comme les autres, une in-

dustrie où le profit dépend des capitaux engagés et des méthodes suivies. Les prix de revient (voy. ce mot) fort difficiles à apprécier forment, sauf l’état de crise, la limite de l’abaissement des prix de vente. Il y a entre les prix, les salaires et la population, une solidarité absolue, inéluctable. On peut même affirmer que la situation de l’agriculture dans un pays est le meilleur signe de sa richesse. Cette industrie, en effet, a avec la circulation des capitaux et avec le bien-être général de la population des connexions telles qu’elle peut être prise pour une sorte de baromètre économique. Le perfectionnement de l’agriculture est intimement associé à la sécurité de la propriété et à son morcellement, au chiffre de la population ; à son bien-être le crédit agricole, les prix du fermage, les prix de revient, l’élévation du produit brut, sont autant de caractères qu’il faut suivre et étudier parce qu’ilsfournissent des indices certains de l’état de prospérité d’une nation agricole. L’état politique et social des populations est lui-même étroitement solidarisé avec l’agriculture. Cen’est pas sans raison que Montesquieu a pu dire « Les pays sont cultivés, non en raison de leur fertilité, mais en raison de leur liberté. » L’Irlande en a fourni une triste preuve dans notre siècle même.

« Deux choses, a écrit H. Passy déterminent le degré de puissance et de richesse des nations l’une, c’est leur force numérique ; l’autre, l’étendue des moyens de consommation dont elles jouissent or, ces deux choses dépendent entièrement de l’état plus ou moins prospère de l’agriculture. S’il faut, pour queles populations puissent augmenter, quela production rurale les suive dans leur marche, il faut davantage que leur sort puisse s’améliorer. Il n’est pas d’accroissement aux prospérités sociales qui n’ait pour condition indispensable la réalisation de quelqu’un des progrès dont l’agricultureest susceptible. »

Mais tandis que les conquêtes de l’industrie manufacturière n’ont d’autres limites quecelles que leur assigne l’état de la science, l’industrie agricole se trouve arrêtée dans son essor par les lois physiques desquelles dépendent les climats, et la physiologie de la. matière vivante sur laquelle elle opère.

3. Difficultés de la science agricole.

L’agriculture n’est pas,à proprement parler,. une science, elle est plutôt un art complexeappliquant les principes de presque toutes les sciences générales. Si l’agriculture exten1. Même mot dans l’ancien Dictionnaire, 1852.


sive