Page:Say - Chailley - Nouveau dictionnaire d’économie politique, tome 2.djvu/362

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Il est bien entendu que ces chiffres représentent la division du sol national entre propriétaires et non entre exploitants. Ce sont là deux notions tout à fait distinctes, bien que la statistique officielle les ait quelquefois confondues : le même fermier peut cultiver la terre de plusieurs propriétaires différents comme le même propriétaire peut partager son bien entre plusieurs fermiers. Les exploitations rurales recensées en 1882 ressortaient à5 672 000 pour 49 562 000 hectares et fournissaient les proportions suivantes {sous toutes réserves) : Nombre* Superficies d’exploitations, occupées. Très petite culture (de à

hectare)... 38,2 p. 100 2,2 p. 100 

Petite culture (de 1 à 10 h.). 46,5 — 22,9 — Moyenne culture (de 10 à

hect.) 12,8 — 29,9 — 

Grande culture(plus de 40 b.). 2,5 — 45,0 — ,0 p. 100 100,0 p. 100 Revenons à l’enquête de 1884. Elle prouve deux choses qui ne nous semblent regrettables ni Tune ni l’autre : 1° que les petites, les très petites propriétés pullulent en France ; 2° que, si nombreuses qu’elles soient, elles laissent encore à la moyenne et à la grande propriété beaucoup plus d’espace qu’elles ne leur en retirent. Encore faut-il observer que le recensement de 1884 exagère forcément la part de la petite propriété et réduit d’autant celle de la grande, parce que tout domaine qui s’étend sur 2, 3, 4 communes se traduit par 2, 3, 4 cotes différentes et que l’administration enregistre ainsi plusieurs petites contenances là ou elle aurait dû en consigner une grande. Les chiffres suivants, relatifs à la très petite propriété, sont donc dans une certaine mesure supérieurs à la réalité : Contenances. Nombres Contenance des cotes. en hectares. Au-dessous de 10 arcs. .670.512 .231 De 10 area à 20 — .444.951 .789 De 20 — à 50 — .482,380 .784 De 50 — à 1 hectare .987.480 .426.785 .841.045 .636.867 Aussi bien, même sans les réduire, qu’y a-t-il d’effrayant dans ces chiffres ? Est-ce que c’est, comme on le donne souvent à entendre, de la terre perdue que celle dont se composent ces millions de petits lots ? Tant s’en faut. Rappelons d’abord que la propriété bâtie se confond là avec la propriété non bâtie : dans un nombre énorme de cas, ces petits périmètres dont la superficie se mesure par ares portent des bâtiments. Toute la propriété urbaine, à bien peu d’exceptions près, est à imputer sur le contingent des cotes de moins d’un demihectare et en absorbe une bonne part. Puis il y a toutes ces villas, tous ces pavillons, toutes ces bastides, tous ces chalets, tous ces cottages que les citadins vont habiter dans certaines saisons. Maisons de ville et maisons de campagne, voilà déjà des millions de très petites unités contributives. Arrivons maintenant aux simples paysans. Il y en a beaucoup, cela est certain, parmi ces contribuables dont les possessions varient de à 2 hectares ; mais la plupart demeurent, eux aussi, sur ces petits biens, composés habituellement d’une chaumière avec d’étroites dépendances : un coin de potager, un bout de pré, un morceau de verger, un carré de vigne. L’enquête dont la propriété bâtie vient d’être l’objet (1887-1890) fournit à cet égard de précieuses révélations : elle montre que sur 8 914 500 maisons (usines non comprises), dont 8 302250 habitées, 4 969 200 étaient occupées tout entières et 491 100 partiellement occupées par leurs propriétaires. Il y a donc deux maisons sur trois dont les habitants peuvent dire qu’ils sont « chez eux » dans le sens le pJus absolu du mot et, même en tenant compte des gens riches ou aisés qui ont plusieurs habitations à eux, on est sûr de ne pas exagérer en affirmant que plus de la moitié des familles françaises sont dans ce cas ; c’est presque la règle, dans certaines provinces, que chacun ait sa maison à lui ; de l’autre côté de la Manche c’est tout à fait l’exception ; et, cela étant, ne peut-on pas s’étonner que les Anglais aient réussi à se faire considérer comme le peuple qui connaît le mieux les douceurs du home, le charme intime du foyer ? Le vrai foyer, à la campagne surtout, c’est celui dont on est le maître et non pas seulement l’hôte éphémère. Eti bien, ce foyer-là, c’est en France qu’on le trouve le plus et cette supériorité n’est pas à dédaigner. Voilà déjà une grande partie de nos toutes petites cotes avantageusement expliquées. Ceux même de nos humbles travailleurs urbains ou ruraux qui n’ont pas un toit à eux peuvent trouver profit, dans tous les sens du mot, à posséder dans quelque coin de faubourg ou à la porte de leur village un petit enclos où ils vont respirer aux heures de loisir et qui leur donne soit un peu de vin pour leur cave, soit un peu d’herbe pour leur vache ou leur chèvre, soit pour leur table des légumes, des fruits et des fleurs. Gela se voit dans une foule d’endroits et cela nous paraît excellent. Il y a d’ailleurs des lieux privilégiés où les étroites limites d’un hectare ou deux peuvent suffire à des productions très sé-