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ORESME

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première invention des monnoies et des causes et manières d’icelles. — A quelle fin elles furent faictes. — Comment on en doit user. — A qui appartient à les forger, empirer ou muer, et quels inconvénients en peuvent venir et sourdre. — Assemblé de plusieurs volumes, et puis translaté de latin en français nagaires, affin de montrer le grand défault et mesus que aujourd’huy se faict en icellepar les marchans et communs, et que le roy et les princes tollèrent et seuffrent, dont ensuivront plusieurs maulx, inconvénients et dommaiges irréparables, si de briefs provision et remède n’y est mise, comme il sera spécifié au procès cy après. » Oresme nous montre quelle est l’origine de la monnaie et le rôle utile qu’elle joue. « Les hommes, dit-il, commencèrent communiquer et eschangier leurs richesses ensemble, sans monnoie. Mais comme en ceste manière de permutacion et changement de choses, moult de difficultés et controversies aveinrent entre eulx, les hommes subtilz trouvèrent un usaige plus legier, c’est assavoir de faire monnoie, laquelle fut instrument de permuer et marchander les ungs aux autres leurs naturelles richesses. » Dans les chapitres suivants, il examine la forme que doivent avoir les pièces de monnoie, la matière dont elles doivent être composées, et leur fabrication.

La partie la plus importante de l’œuvre est celle qui se rapporte aux variations monétaires. Devançant, dit Joseph Garnier, Bodin, Locke, Newton, Turgot, Smith et Say, il a vu dans la monnaie une marchandise dont la valeur, dépendant avant tout de la quantité et de la qualité des matières, ne peut être arbitrairement fixée par le souverain. Oresme contesta hardiment au roi le droit de faire varier les monnaies, soit quant à la forme, soit quant aupoids, soit quant au titre. Selon lui, la communauté seule peut avoir le droit d’opérer ces changements ; encore ne doit-elle en arriver là qu’en cas de nécessité absolue. Il reconnaît que, devant l’impossibilité absolue de consulter la nation, le roi devra suivre sa volonté présumée, mais s’il est dans l’obligation de faire varier les monnaies, il ne doit tirer de son changement aucun bénéfice. Il doit agir en roi, c’est-à-dire en vue de l’intérêt de son peuple, et non pas en tyran soucieux de ses seuls intérêts. Oresme pousse la hardiesse jusqu’à condamner le pouvoir absolu, déclarant que le roi est le premier citoyen de la nation, mais qu’au-dessus de lui, il y a la nation (potentior qumn aiiquis qui subditus est, tamen tota communitate inferior). Il fait ensuite le tableau de tous les maux qui résultent de ces variations incessantes, et fait remarquer’ que le peuple ne se rend pas compte de cette exaction fiscale amenée par l’altération des monnaies aussi vite que de la charge de l’impôt. Mais, ajoute-t-il, il en est ainsi de beaucoup de maladies chroniques qui sont d’autant plus périlleuses qu’on met plus de temps à s’en apercevoir. Il conseille au roi, s’il a besoin d’argent, de recourir plutôt à un emprunt qu’à une altération de monnaies. Oresme a eu encore le mérite d’avoir formulé le principe qui a rendu célèbre le nom de Gresham : la bonne monnaie disparait de tout pays où l’on fait des empirâmes. Cet ouvrage n’eut qu’une influence éphémère ; il réussit à arrêter quelque temps les variations des monnaies ; il exerça, dit-on, une influence bienfaisante sur Charles V et fut la cause des sages ordonnances de ce prince. Charles V mort, les variations recommencèrent.

Bien d’autres idées économiques, politiques et sociales prouvent chez ce publiciste évoque du xiv° siècle un esprit des plus fermes et des plus indépendants. « A la France ancienne, écrit "Wolowski, revient sans conteste l’honneur d’avoir la première formulé la doctrine de la monnaie dans l’écrit de Nicole Oresme. »

Ed. Vidal-Naquet.

Bibliographie.

Richard Séguin, Histoire des évêques de Lisieux (1832). — Lticoiwtbe-Ûdpont, Lettres sur l’histoire monétaire de la Normandie et du Perche- (1 846). — Francis Meunier, Essai sur la vie et les ouvrages de Nicole Oresme (1857). — Dans le Traictie d’Oresme publié par Wolowski (1864) se trouvent la communication faite à V Institut par G. Roscher, et une Étude sur le Traictie par M, Wolowski, lue à la séance publique des cinq académies le 14 août 1862. — Journal des économistes, août 1864, article de Joseph Garnier. — P. Janet, Histoire de la science politique dans ses rapports avec la morale (édit, de 1887, t. I).

ORTIZ (Luis). — Auteur d’un Mémorial al Bey para que..., 1588 (Mémoires adressé au roi pour empêcher la sortie de l’or de ces royaumes des Espagnes).

« Ortiz, dit Colomeiro dans sa Biblioteca de îos Economistas de lo$ siglosxvi, xvn, et xvm, a écrit là un ouvrage d’une petite épaisseur mais un des plus curieux de son temps. Quoique l’auteur se range aux doctrines de ce temps, en ce qui concerne l’importation de l’or et de l’argent, les lois somptuaires, les domaines communaux, la haine des intermédiaires et autres progrès de la même teneur, on est pourtant surpris d’y trouver, à cette époque, des idées plus favorables au système protecteur qu’aux restrictions, ainsi que divers projets pour fortifier l’industrie nationale, utiliser les moindres cours d’eaux