Page:Schlegel - Œuvres écrites en français, t. 1, éd. Böcking, 1846.djvu/325

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ressemblent à des dialectes tronqués ; établie depuis des temps immémoriaux au même point de perfection , qui lui a mérité le nom de Sanscrit, c’est-à-dire la langue accomplie ; si nous trouvions une telle langue, dis-je, nous obstinerions-nous à la croire inventée de la même manière que celle des Californiens et des Hottentots, ou reconnaîtrions-nous enfin l’empreinte d’une origine extraordinaire et privilégiée ?

Telle est pourtant la langue sacrée des Hindous, à ce qu’assurent les connaisseurs ; telle elle doit être ; sans un pareil organe, cette antique philosophie des Brahmanes que nous n’avons pu juger jusqu’ici que par quelques reflets lointains dans les doctrines de Pythagore et de Platon, que nous allons bientôt connaître par ses propres monuments, deviendrait tout à fait inconcevable.

Passons à l’origine de la connaissance des objets naturels. La seule invention du feu, pierre angulaire de tout l’édifice de la culture, comme l’exprime si bien la fable de Prométhée, dans la supposition de l’état brut, présente des difficultés insurmontables. Rien de plus trivial pour nous que le feu; mais l’homme aurait pu errer des milliers d’années dans les déserts, sans en avoir vu une seule fois sur le sol terrestre. Accordons-lui un volcan en éruption , une forêt embrasée par la foudre : endurci dans sa nudité contre l’intempérie des saisons, sera-t-il accouru tout de suite pour s’y chauffer? n’aura-t-il pas plutôt pris la fuite? L’aspect du feu épouvante la plupart des animaux, excepté ceux qui par la vie domestique s’y sont habitués. Aux Indes on dort en pleine sécurité à la belle étoile au milieu de quatre feux allumés, en entendant au loin le rugissement des lions et des tigres qui n’osent approcher. On rapporte