Page:Schlegel - Œuvres écrites en français, t. 2, éd. Böcking, 1846.djvu/378

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COMPARAISON

A nos amis communs portons nos justes cris ;
Ne souffrons pas que Phèdre, assemblant nos débris.
Du trône paternel nous chasse l'un et l’autre.
Et promette à son fils ma dépouille et la vôtre.

Certes l’Hippolyte d’Euripide, quoique plus réfractaire dans ses propos. n’aurait jamais conçu une pensée pareille. Mais donnons a ces mots l'interprétation la plus ménagée ; supposons que ce n’est qu’après la mort de son père qu'Hippolyte veut réclamer l'héritage d’Aricie et le sien : en tout cas, quand même la scène entre lui et Thésée aurait produit quelque attendrissement, on est parfaitement tranquille sur Hippolyte. puisqu’il a si bien pris son parti de sa disgrâce.

L’occasion est belle, il la faut embrasser.

dit-il ; en effet il est exilé, mais il ne sera plus gêné dans son mariage. Chez Euripide, la terrible catastrophe est annoncée sans qu’on ait revu Hippolyte depuis ses touchants adieux ; ce qui rend l’effet beaucoup plus frappant.

Le récit de Théramène peut être considéré comme une traduction libre ou une imitation du grec. Le mérite principal du poëte moderne consiste dans la beauté des vers et de la diction, et j'ai prévenu d avance que je ne m' occuperai point de cette partie que je laisse aux critiques français. Je ferai observer seulement que les ornements poétiques sont beaucoup plus prodigués dans le morceau de Racine que dans l’original. Il y a une grande différence entre une narration exacte, circonstanciée, et par la même pittoresque, conçue dans un style noble, mais simple, qui est supposé le langage naturel des personnages tragiques, et un récit pompeux, surchargé d exagérations déclamatoires. Celui d’Euripide est du premier genre : il n’y