Page:Schoebel - Inde française, l’histoire des origines et du développement des castes de l’Inde.djvu/101

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Les mélanges de castes par mésalliance ont été, d’ailleurs, fréquents dans l’Inde entière, à toutes les époques. « Before the Christian era, dit Wilson, the Hindus were probably not scrupulous about whom they married ; and even in modem days their princesses have become the wives of Mohammedan sovereigns[1]. »

Il y a donc dans l’Inde une infinité de gens qui ne savent pas à quelle caste ils appartiennent, et c’est peut-être à cause de cela que, dans le Sud, on a généralement adopté la division qui consiste à se dire les uns de la main droite, les autres de la main gauche, ou encore d’aucune main. Dire au juste l’origine de cette division n’est pas possible. Les codes indigènes, non plus que les auteurs quelque peu anciens, n’en disent mot, et les autorités indigènes de nos jours, les pandits les plus savants de Tchidambrara, de Tanjor et de Jagamâtha le collège des brâhmanes à Bénarès même, n’en peuvent fournir la moindre explication, quelque peine qu’on se soit donné pour la provoquer[2]. La Croze, Collin de Bar et d’autres croient que cette division vient de ce que les Indiens regardent une de leurs mains comme impure, à savoir, celle qui ne sert que pour les ablutions secrètes[3]. Mais cette explication n’est justifiée par aucun document sanscrit, tamil ou télinga. On ne peut l’admettre sur la foi d’aucun texte de Manu, de Yajnavalkya ou d’un Grihyasûtra quelconque. Ces codes font bien une distinction honorifique entre les différentes parties de la main[4], mais jamais entre les mains elles-mêmes. Si une distinction quelconque avait existé à cet égard, elle aurait certes trouvé son expression à l’occasion de la prise des mains lors du mariage[5], et cela d’autant plus que la distinction générale entre le côté droit et le côté gauche, voire entre le pied droit et le pied gauche ne manque pas d’être accentuée[6]. D’ailleurs, ce qui décide la question contre le sentiment des historiens précités, c’est que les brâhmanes et les râjas ne sont d’aucune main, que les Vanniyas, qui se réclament de la qualité de kshatriyas et ajoutent à leur nom le mot de padaeyaci, général d’armée, ne le sont pas non plus, tandis que les Paraeyas, les parias, sont de la main droite[7].

Qu’est-ce donc que cette division en castes de la main droite et castes de la main gauche, caractérisée, pour la main droite, par le drapeau blanc et pour la main gauche par le drapeau rouge, sinon une organisation sociale par les mœurs et les professions, qui s’est substi-

  1. Wilson, Select specimens of the Theatre of the Hindus, dans Works, XII, 134.
  2. Voy. à ce sujet, E. Schlagintweit, Indien in Wort und Bild. I, p. 57 ; in-fol, 1880.
  3. La Croze, Hist. du Christ. des Indes, p. 479 ; Collin de Bar, Histoire de l’Inde, 1. 85 ; 1834.
  4. Mânav., II, 58, sq., Yajnav., I, 18 sq.
  5. Mân., III, 43 ; Yajnav., I, 61 ; — Açvalâyana, I, 7, 3 sqq.
  6. Mân., IV, 59 ; Yajn. I, 139, 218 ; — Açvalây. I, 7, 6 ; 17, 8, 15 ; 24, 11 sq. ; Pâraskara, I, 3, 10 sq. ; 7, 1 ; 16, 6 ; 18, 5 ; II, 1, 17 ; 2, 16 ; 3, 1.
  7. V. Dubois, Mœurs, etc., de l'Inde, I, 15 sqq. — Ethnographie drâvid., oc. cit., p. 128, 142.