Page:Schoebel - Le Buddhisme, 1874.djvu/11

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
— 147 —

tères anatomiques, par tout son habitus enfin des peuples de l’autre partie de l’humanité, les nations caucasiques ou méditerranéennes, les Aryens et les Sémites. Vieux fonds du genre humain, la race anarienne, mongolique si on veut, est bien celle qui, dans toutes ses branches, a toujours et partout professé une religion sui generis, une religion vide absolument de tout idéalisme surnaturel, quoique fort peuplée d’esprits, une religion purement physique, quelque subtile et raffinée de conceptions intellectuelles qu’elle fût d’ailleurs, chez les Chinois surtout. C’est même par ce caractère tout cosmique, nous l’avons fait pressentir en commençant, que la race caïnite, je veux dire anarienne, forme le contraste le plus tranchant avec l’autre race, race plus jeune, qui s’est toujours plus ou moins sentie portée aux concepts idéalistes purs ou transcendants.

Une religion sans aucune visée surnaturelle, mais se mouvant uniquement dans le cercle des causes et effets naturels, dans le cercle des nidânas, pour mettre le terme technique du buddhisme, telle fut donc la religion où les aborigènes de l’Inde ont trouvé dès l’origine, la satisfaction de leur esprit et leur fin dernière ; et la preuve positive, c’est que telle en somme est redevenue pour une très-notable partie d’entre eux la doctrine tout d’abord de morale pratique surtout du novateur Çâkya. Là où le caractère purement cosmique de la religion avait repris le dessus, il n’a cependant pas pu se maintenir pour tous ; l’impulsion de dégénérescence une fois donnée a continué d’opérer, et le buddhisme, descendant l’échelle, a passé du jaïnisme dans les bas-fonds du çivaïsme, le culte du Noir, Kâla, ennemi de l’amour, ennemi de tout, le destructeur, le culte drâvidien dans sa forme la plus inférieure et valant les grossières superstitions sous lesquelles il s’est manifesté, hors de l’Inde, chez les Tao ssé et dans le chamanisme.

Une religion purement physique, si elle n’est constamment appuyée sur une forte discipline sociale, doit finir par descendre jusqu’au culte du tigre ou de l’ours et affaiblir, en conséquence, le caractère du peuple qui s’y livre. C’est probablement une dépression de ce