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la loi divine. Il suffira qu’on y sache se conduire par le sentiment du devoir, sentiment qui est forcément humain. La foi est sublime, mais toute sublime qu’elle soit, la science vaut mieux et mieux que la science vaut la charité, mais au-dessus de tout se tient inaccessible à la corruption, la simple honnêteté, le beau moral par excellence. Oui, rien n’est vraiment bien que l’honnête. Honneur au stoïcisme qui l’a hautement proclamé (1). C’est un tel état que le pénétrant et véridique Kaempfer nous fait voir dans le sintoïsme, une des formes du buddhisme antérieur an buddha Çâkya. « Les Sintos, dit-il, ne croient point d’enfer, point de lieu de tourment, point de ténèbres épaisses, point d’état malheureux pour les âmes dans la vie à venir. Les âmes méchantes sont errantes dans le monde, et les hommes vont dans les champs hauts et sous-célestes. Mater son corps et mortifier sa chair est un des principaux points des Sintos, ainsi que la pureté intérieure du cœur et la pureté extérieure. Dans le sintoïsme la raison naturelle règne dans toute sa force et elle seule suffit pour détourner du vice et pour ramener à la vertu tous ceux qui veulent bien se conduire par ses lumières. Et certainement la nation japonaise, considérée en général, nous fournit une preuve évidente que les lumières de la raison naturelle et les lois du magistrat peuvent sûrement diriger et conduire tous ceux qui veulent pratiquer la vertu et conserver la pureté de leur cœur… Les Sintos n’ont point de rites fixes et établis, ni de cérémonies, point de chapelets, ni aucun formulaire de prières ». Dans les maisons des Sin (Chin) ou Kami, les esprits, on ne voit que du papier blanc suspendu et un grand miroir au milieu de la salle, a afin que ceux qui y vont puissent s’y voir, et faire réflexion que comme ils aperçoivent très-distinctement les taches de leur visage dans ce miroir, de même les taches et les mauvaises inclinations de leur cœur les plus secrètes, paraissent à découvert aux yeux des Kamis (2).

(1) Καλὸν δὲ λεγουσι τὸ τίλειον ἄγαθος… δὲ μόνὸν τὸ ϰαλὸν ἀγαθὸν εἶναι· (Kalon de legousi to tileion agathos… de monon to kalon agathon einai) (Diog. Laert. Zeno, VII, 100, 101.

(2) Kaempfer. Histoire du Japon, I, p. 181, sqq.