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Mais ce n’est pas ici le lieu de continuer une démonstration incidente. Je ne dois pas perdre de vue le but que je me suis proposé, qui est de montrer que la perfection morale, la pratique de la vertu, loin d’être contradictoire à la doctrine du nirvana, lui est indispensable.

CHAPITRE IV.

Le détachement de tout ne peut s’obtenir que par la vertu, par la vertu seule. Cependant la vertu buddhique pas plus que, dans le camp opposé, la vertu des religions surnaturelles, ne semble pas valoir la vertu du stoïcisme, qui est à elle-même son propre but et suffit à la félicité, avec laquelle elle s’identifie (1).

Il est vrai, la vertu du buddhisme est intéressée, puisqu’elle a en vue une satisfaction, la satisfaction du nirvana. Mais qu’on y songe ! Cet intérêt revient à ignorer complètement la satisfaction qu’on ambitionne, une fois qu’on l’aura obtenue. On avouera qu’il n’y pas là de quoi chatouiller le plus modeste égoïsme transcendant. Les plus exigeants en fait de vertu désintéressée peuvent donc, sur la qualité de la vertu buddhique, se mettre l’esprit au repos. Quant à prétendre comme les stoïciens, que la vertu doit être à elle-même son propre but, on va contre la nature et on dépasse la raison, on est irrationnel et excessif.

En effet, il est certain que tout roule de causes en effets et d’effets en causes ; donc la vertu comme n’importe quoi aboutit naturellement à un état quelconque et cet état qui, en bonne logique, est distinct de ce qui est en cause, lui est toutefois conforme ou harmonique par relation, c’est donc une satisfaction. Par conséquent la vertu désintéressée (2) du stoïcisme et une pure chimère, et jamais stoïcien ne

(1) Diogen. Laert. VII, 89, (Zeno) ἐν αὐτῆ τ’εἶναι τὴν εὐδαιμονίαν (en autê t’einai tên eudaimonian).

(2) « La vertu du sage est également indifférente à l’estime et au mépris. » (Diog. Laert, VII, 117, cf. 89).