Page:Schoebel - Le Mythe de la femme et du serpent.djvu/69

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 63 —

celui-ci mangea ce que la femme lui offrit[1]. Le Bundehesh indique également cette simultanéité d’action, et ce qui peut paraître singulier, Kotzebue, dans son voyage autour du monde, vit ce moment critique plastiquement représenté chez des insulaires, au milieu de l’Océan Pacifique. La scène montrait l’homme saisissant le fruit concurremment avec la femme[2]. Toutefois, il se peut que cette représentation fût due au passage de quelque missionnaire aux îles Sandwich[3].

Si maintenant nous cherchons notre mythe, pour établir son universalité, dans d’autres documents, primitifs quant au fond de leur contenu, nous le rencontrons d’abord, passablement embrouillé il faut le dire, dans les deux Eddas, dans la Vôluspâ et dans la Gylfaginning. Mais ce ne sont pas Asc et Embla, les premiers êtres humains, impuissants et abandonnés du sort, litt magandi, orlöglausa[4], qui sont présentés comme acteurs dans le drame fatal ; l’événement s’accomplit par des êtres de race divine, par des Ases. L’immortelle Idhunn demeurait avec Bragi, le premier des skaldes ou inspirés, à Asgard, dans le Midhgard, le milieu du monde, le paradis, en un état de parfaite innocence. Les dieux avaient confié à sa garde

  1. Il y a dans l’histoire d’Antoine et de Cléopâtre comme un reflet spécial du drame d’Adam et d’Ève. Antoine abandonne une victoire qu’il tenait dans ses mains, pour suivre honteusement Cléopâtre, victime voulue d’un serpent.
  2. Otto de Kotzebue, Entdeckungsreise in die Südsee, II, 115.
  3. Peut-être en est-il de même du groupe que Bastian vit chez des nègres sur la côte de Loango, représentant une idole ithyphalle accompagnée d’une femme qui détourne quelque peu la tête. (Exp. an der Loango-Küste, 1, 47, 243.)
  4. Vôlutspâ, st. 15 ; Edda Saemundar, III, p. 31, éd. Havniae, 1828.