Page:Schoebel - Le Mythe de la femme et du serpent.djvu/81

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la promiscuité de trois facteurs, à savoir : le sentiment religieux, la sensation que causent à l’homme les phénomènes physiques, et enfin l’esprit étymologique sans jugement critique. C’est ainsi que la mythologie présente, comme le dit Schelling, le monothéisme disloqué, ein zertrennter Monotheismus[1]. Dans le bavardage populaire, l’intelligence du sens des mots, principalement des noms propres, prend le change et s’élance sur la piste d’un autre sens qui, avec le premier, le sens naturel et positif, n’est souvent plus que dans un rapport des plus relatifs, pour ne pas dire fantaisiste. Il est parlé déjà de ces fabriques de mythes dans l’Odyssée, et Mélanthus y renvoie le grand jaseur Ulysse[2]. Puis les poètes brodent sur le tout et augmentent la confusion. Goethe, qui l’a dit[3], a fait, poète, comme les poètes ; la seconde partie de Faust le démontre.

Nous n’avons pas le courage de les en blâmer, mais il n’en reste pas moins vrai que le décousu des procédés mythiques a eu pour résultat l’éparpillement des faits et gestes qui se trouvaient réunis dans le cadre de la légende primitive, et c’est ce qui explique pourquoi notre apologue ne se retrouve plus qu’en lambeaux plus ou moins reconnaissables chez les divers peuples de notre race. Parfois même ces lambeaux ne sont plus reconnaissables du tout, et pour ma part, je ne suis pas bien sûr si, dans un fragment déjà cité plus haut, Sappho a réellement varié le thème primitif quand elle représente la jeune fille sous

  1. Schelling, Philosophie der Mythologie, 5e leçon, in fine.
  2. Odyss., XVIII, v. 328.
  3. Es werden sich Poeten finden, durch Thorheit Thorheit zu entzünden. (Faust, IV act., p. 394 ; 1847.)