Page:Schoebel - Le Mythe de la femme et du serpent.djvu/83

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carrière, et, subtilisant de plus en plus le symbole, le phallus est devenu la parole fécondante qui descend dans le sein de la vierge[1], et dans un conte allemand il suffit qu’un jeune homme dise : « Ô que tu eusses un enfant dans le ventre ! » pour que cette imprécation lancée à la fille du roi la rende enceinte et lui fasse enfanter un garçon avec une pomme d’or dans la main[2]. Enfin, il suffit d’une effluve, d’un invisible rien ; la jeune fille se trouve enceinte, sans qu’elle s’en doute, en passant dans un tel endroit[3].

On sait que l’art des anciens n’a pas été avare à représenter le phallus ailé ; on peut même dire, que leur imagination s’y est donné carrière plus que pour nul autre sujet[4]. Ce qui n’est pas rare non plus, c’est de voir remplacer le phallus par un oiseau, et, spécialement, par l’oiseau que Buffon, d’accord avec d’autres naturalistes, considère comme doué de la puissance de satisfaire à l’accouplement à l’indéfini, à savoir le pigeon ou la colombe[5] Un vieil adage juridique dit : creditur virgini parturienti ; mais la science nous dispense d’exiger pour le cas que nous avons en vue un aveu personnel. La sym-

  1. Porphyre, ap. Eusèbe, Præp. evang., III, 11.
  2. J.-W. Wolf, Zeitschrift für Deutsche Mythologie, I, p. 39.
  3. Cela lui arrive quand, comme à Osterode dans le Harz, elle passe sous une chemise qu’on conserve à cet endroit, et qui est censé avoir appartenu à la Vierge. (V. Zeitsch. f. D. M., I., p. 78.)
  4. V. des spécimens de la chose dans Berichte über die Verhandl. der K. sächs. Gesellsch. der Wissensch. zu Leipzig, VII, 77 sqq. V. un triple phallus ailé prenant sa course, ap. L. Beger, Thes. num. Rom., pl. ad p. 427.
  5. De tous les colombidés, c’est le cas surtout de la tourterelle. (V. Chenu, Hist. nat. des oiseaux, VI, 18, 44.)