Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/182

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d’intuition extérieure. Un long isolement (soit en prison, soit dans une chambre où vous retient la maladie), le silence, le crépuscule, l’obscurité sont favorables à son activité ; sous l’influence de ces conditions, elle se met spontanément en jeu. À l’opposé, quand l’intuition reçoit beaucoup de matière réelle du dehors, comme en voyage, dans le tumulte du monde, par une claire matinée, l’imagination chôme, et, même sollicitée, n’entre pas en activité ; elle se rend compte que ce n’est pas son heure.

Cependant l’imagination doit, pour se montrer féconde, avoir reçu beaucoup de matière du monde extérieur ; lui seul, en effet, peut l’approvisionner. Mais il en est de la nourriture de l’imagination comme de celle du corps : quand celui-ci a reçu du dehors beaucoup de nourriture qu’il doit digérer, c’est alors qu’il devient le plus incapable d’activité, et chôme volontiers. C’est pourtant cette nourriture, à laquelle il est redevable de toutes ses forces, qu’il sécrète plus tard, quand le moment est venu.

L’opinion obéit à la loi du balancement du pendule : si elle dépasse le centre de gravité d’un côté, elle doit le dépasser d’autant de l’autre. Ce n’est qu’avec le temps qu’elle trouve le vrai point de repos et demeure stationnaire.

L’éloignement, dans l’espace, rapetisse toute chose, en la contractant ; ainsi ses défauts et ses lacunes disparaissent, comme, dans une glace rapetissante ou dans la chambre obscure, tout se montre beaucoup plus beau que dans la réalité. Le passé agit de même dans le