Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/184

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Leur essence proprement dite gît dans la volonté. Mais celle-ci, en soi et comme telle, n’a pas de mémoire, la mémoire étant une fonction de l’intellect qui, par sa nature, ne livre et ne renferme que de simples représentations : chose dont il ne s’agit pas ici. Il est étrange que, dans les mauvais jours, nous puissions nous représenter très vivement les jours heureux disparus ; et que, par contre, dans les bons jours, nous ne nous retracions plus les mauvais que d’une façon très incomplète et effacée.

Il y a lieu de craindre, pour la mémoire, l’enchevêtrement et la confusion des choses apprises, mais non l’encombrement proprement dit. Ses facultés ne sont pas diminuées de ce fait, pas plus que les formes dans lesquelles on a modelé successivement la terre glaise ne diminuent l’aptitude de celle-ci à de nouvelles formes. En ce sens, la mémoire est sans fond. Cependant, plus un homme a de connaissances diverses, plus il lui faudra de temps pour trouver ce qu’on exige soudainement de lui. Il est comme un marchand qui doit rechercher dans un énorme magasin la marchandise qu’on lui demande ; ou, à proprement parler, il a évaporé, parmi tant d’idées qui étaient à sa disposition, précisément celle qui, par suite d’un exercice antérieur, l’amène à la chose réclamée. La mémoire n’est pas en effet un récipient où l’on garde les objets, mais simplement une faculté servant à l’exercice des forces intellectuelles. Aussi le cerveau possède-t-il toutes ses connaissances seulement potentiâ, jamais actu. Je renvoie à ce sujet au § 45 de ma dissertation sur La quadruple racine du principe de la raison suffisante.