Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/78

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De quelle espèce est l’influence que l’enseignement moral peut avoir sur la conduite, et quelles sont ses limites, c’est ce que j’ai suffisamment recherché dans mon traité sur le Fondement de la morale. L’influence de l’exemple est analogue au fond à celle de l’ensei-gnement moral, mais elle est toutefois plus puissante. Elle mérite donc une courte analyse.

L’exemple agit directement, soit qu’il arrête, soit qu’il stimule. Dans le premier cas, il détermine l’homme à renoncer à ce qu’il aurait volontiers fait. Il voit que d’autres ne le font pas : d’où il conclut en général que ce n’est pas raisonnable, que cela doit mettre en danger ou sa personne, ou sa fortune, ou son honneur ; il s’en tient là, et se voit avec plaisir affranchi de toute investigation personnelle. Ou il constate même qu’un autre, qui l’a fait, en subit les mauvaises conséquences : c’est l’exemple terrifiant. Quant à l’exemple stimulant, il agit de deux manières : ou il pousse l’homme à faire ce à quoi il renoncerait volontiers, en lui mon-trant que la renonciation pourrait l’exposer à un danger ou lui nuire dans l’opinion d’autrui ; ou il l’encourage à faire ce qu’il ferait volontiers, mais qu’il n’a pas fait jusqu’ici par crainte du danger ou de la honte : c’est l’exemple tentant. Enfin, l’exemple peut encore l’amener à quel-que chose qui ne lui serait jamais venu à l’idée. Dans ce cas, il agit manifestement d’une façon directe sur l’intellect seul ; l’effet sur la volonté est alors secondaire, et, quand il se produit, est produit par un acte de jugement personnel, ou par la confiance en celui qui donne l’exemple. L’effet très énergique de l’exemple a pour base que l’homme, en règle générale, est trop dépourvu de jugement, souvent aussi de