Page:Schopenhauer - Mémoires sur les sciences occultes.djvu/117

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
82
MÉMOIRES SUR LES SCIENCES OCCULTES

manière cependant à servir son unité objective et son utilité subjective, donc de la manière qui convient le mieux à notre véritable bien ; et il nous arrive souvent plus tard de reconnaître ce qu’il y avait d’insensé dans les souhaits que nous formions en sens contraire. Ducunt volentem fata, nolentem trahunt. Sen. epist. 107. Mais un tel pouvoir relierait toutes choses comme par un fil invisible, et celles mêmes que la série des effets et des causes laisserait sans rapport les unes avec les autres, les rattacherait entre elles de manière à les faire apparaître toutes au même moment voulu. Ce pouvoir dominerait donc les événements de la vie réelle aussi complètement que le poète domine ceux qui composent son drame : mais l’accident et l’erreur, dont l’action perturbatrice vient se faire sentir tout d’abord et immédiatement dans le cours régulier des choses et leur enchaînement causal, ne seraient que les simples instruments dont se sert sa main invisible.

Ce qui, plus que tout, nous pousse à admettre hardiment l’existence d’un tel pouvoir ayant sa source dans la même origine profonde de la nécessité et du hasard, un pouvoir sans fond, c’est la considération que l’individualité propre de tout homme, cette indi-