Page:Schwob - La Lampe de Psyché, 1906.djvu/102

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sieurs les échevins, craignant justement la disette, se sont réunis en la maison de ville, où, après délibération, ils ont mandé nosdits maîtres afin de les exhorter et supplier d’envoyer les nefs en grande diligence. La mer n’est pas de présent bien favorable à cause des équinoxes, mais il est à considérer qu’une telle affluence pourrait être dangereuse à notre bonne ville, d’autant que ces enfants sont tous affamés par la longueur de la route et ne savent ce qu’ils font. J’ai fait crier aux mariniers sur le port, et équiper les nefs. Sur l’heure de vêpres, on pourra les tirer dans l’eau. La foule des enfants n’est point dans la cité, mais ils parcourent la grève en amassant des coquilles pour signes de voyage et on dit qu’ils s’étonnent des étoiles de mer et pensent qu’elles soient tombées vivantes du ciel afin de leur indiquer la route du Seigneur. Et de cet événement extraordinaire, voici ce que j’ai à dire : premièrement, qu’il est à désirer que maîtres Hugues Ferré et Guillaume Porc conduisent promptement hors de notre cité cette turbulence étrangère ; secondement, que l’hiver a été bien rude, d’où la terre