Page:Scribe et Mélesville - La Chatte métamorphosée en femme, 1858.djvu/13

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MARIANNE.
Plaît-il ?

GUIDO, lui montrant le fond.
Plaît-il ? Je dis que je la vois d’ici.

MARIANNE.
Où donc ? dans mon panier ?

(Elle prend son panier à ouvrage qui renferme des pelotes de laine et de coton.)


GUIDO, à part.
Oui, cherche à moins d’être sorcier !

(Une pelote de laine s’est échappée du panier, Minette se lève, court après, et joue avec toutes les autres en les dévidant comme les chats.)


MARIANNE, criant et la poursuivant.
Eh bien ! eh bien ! mademoiselle !

MINETTE, se fâchant.
Laissez-moi !…

GUIDO, à Minette.
Laissez-moi !… Finis donc !

MARIANNE.
Quelle horreur !

GUIDO, à Marianne.
Quelle horreur ! Finis donc !

MINETTE, frappant du pied.
On ne peut pas s’amuser avec elle !

MARIANNE, ramassant ses pelotons.
Mes laines ! mon coton !

(Minette s’approche de la cage et veut jouer avec les oiseaux.)


MINETTE, secouant la cage.
Oh ! ces petits !
Qu’ils sont gentils !

(Elle renverse la cage, qui tombe à terre.)


MARIANNE, y courant.
Miséricorde… et mon serin !

GUIDO.
Autre querelle !…

MINETTE, frappant du pied.
On ne peut pas s’amuser avec elle !

MARIANNE, la menaçant.
Maudit lutin !

MINETTE, de même.
Esprit taquin !

GUIDO, furieux.
Ah ! j’en perds la tête, à la fin !
Reprise de l’ensemble.

MARIANNE.
C’est épouvantable !
C’est abominable ! etc.

MINETTE.
C’est insupportable !
C’est abominable ! etc.

GUIDO.
C’est insupportable !
Je me donne au diable ! etc.

(Marianne sort en colère et entre dans sa chambre, à droite.)


Scène VIII.

GUIDO, MINETTE.



GUIDO, à part.

Allons ! nous voilà déjà en révolution ! Joli début !

(Il s’assied à droite du public.)


MINETTE, d’un air de triomphe.

Elle s’éloigne ; tant mieux !… jusqu’à son retour nous serons tranquilles, au moins ! (À Guido.) Eh bien ! tu parais fâché.


GUIDO.

Venez ici, Minette, venez ici, mam’zelle ! (Minette s’approche.) Qu’est-ce que vous avez fait là ? Pourquoi avez-vous touché à ses serins de Canarie ? Elle aime ses serins, cette femme.


MINETTE.

Aussi, elle est trop difficile à vivre. (D’un ton caressant.) Et je suis bien sûre que vous ne voudrez pas me refuser la première grâce que je vous demande ? (Elle lui prend la main et la caresse.)


GUIDO, à part.

C’est ça… patte de velours !


MINETTE.

Guido, mon ami, mon bon ami, dites-lui de s’en aller !


GUIDO.

S’en aller !… cette bonne Marianne, qui vous a élevée !


MINETTE.

Je l’aimerai toujours… mais loin d’ici.

(Elle passe plusieurs fois la main par-dessus son oreille.)


GUIDO, à part.

Allons !… nous allons avoir de l’orage ! (D’un air piqué.) Minette, Vous n’avez pas réfléchi à ce que vous demandez !


MINETTE, le câlinant avec sa main.

Mon ami !


GUIDO, avec dignité.

Minette, vous me faites de la peine !


MINETTE.

Vous me refusez… allez, je ne vous aime plus !

(Elle lui donne un coup de griffe sur la main.)


GUIDO.

Dieu ! que c’est traître ! (À part.) Ah çà ! elle a conservé de singulières manières ! Il faudra là-dessus que je lui fasse la morale… ou du moins que je lui fasse les ongles. (Haut.) Ma chère, vous m’avez fait mal.


MINETTE, s’éloignant.

Laissez-moi, monsieur, ne me parlez plus, puisque vous reconnaissez si mal la tendresse que l’on a pour vous.


GUIDO, secouant la tête.

Ah !… votre tendresse !…