Page:Segur - Evangile d une grand mere.djvu/377

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Un Soldat brutal et grossier, se figurant que les paroles de Notre-Seigneur étaient insultantes pour Anne ; donna un soufflet à Jésus, en lui disant :

Est-ce ainsi que tu réponds au Grand Prêtre ?

— Si j’ai mal parlé, prouve-le, répondit le Sauveur avec une douceur et une majesté toutes divines ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?

Camille. Quelle belle réponse ! Et quelle patience, quelle douceur admirables !

Grand’mère. Oui, chère enfant, aussi admirables que son humilité, que sa charité. Jusqu’à la fin Notre-Seigneur nous donne l’exemple des plus sublimes vertus ; et s’il permet que des valets et des soldats sacrilèges le soufflettent et l’outragent de mille manières, c’est pour nous affermir contre les humiliations, les injustices, les calomnies de ce monde. Comment nous plaindrons-nous de la sévérité, de l’injustice dont nous souffrons, quand nous pensons que l’innocent Jésus a souffert mille fois plus que nous ; que Jésus Notre-Seigneur, notre Dieu, a supporté les soufflets, les crachats, les coups, la faim, la soif, la fatigue, toutes les tortures imaginables ! Ce qu’il a fait par amour pour vous, chers enfants, faites-le par amour pour lui ; et soyez sûrs que quoi que vous souffriez, vous n’arriverez jamais à souffrir la millième partie de ce qu’a souffert votre Dieu. Si un ami vous trahit, pensez à Judas. Si on vous trappe, pensez aux coups, aux soufflets que Jésus a reçus de ces grossiers soldats ; tâchez de conserver comme lui la paix du cœur et la douce humilité qui pardonne.