Page:Senancourt Obermann 1863.djvu/226

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à un plan suivi. Vous pensez bien que dans cette obscurité impénétrable, tout m’échappe jusqu’aux probabilités elles-mêmes : je me lasse bientôt ; je me rebute, et je ne vois rien de certain, si ce n’est peut-être l’inévitable incertitude de ce que les hommes voudraient connaître.

Ces conceptions étendues qui rendent l’homme si superbe et si avide d’empire, d’espérances et de durée, sont-elles plus vastes que les cieux réfléchis sur la surface d’un peu d’eau de pluie qui s’évapore au premier vent ? Le métal que l’art a poli reçoit l’image d’une partie de l’univers ; nous la recevons comme lui. — Mais il n’a pas le sentiment de ce contact. — Ce sentiment a quelque chose d’étonnant, qu’il nous plaît d’appeler divin. Et ce chien qui vous suit, n’a-t-il pas le sentiment des forêts, des piqueurs et du fusil, dont son œil reçoit l’empreinte en répercutant les figures ? Cependant, après avoir poursuivi quelques lièvres, léché la main de ses maîtres et déterré quelques taupes, il meurt ; vous l’abandonnez aux corbeaux, dont l’instinct perçoit les propriétés des cadavres, et vous avouez qu’il n’a plus ce sentiment.

Ces conceptions, dont l’immensité surprend notre faiblesse, et remplit d’enthousiasme nos cœurs bornés, sont peut-être moins pour la nature que le plus imparfait des miroirs pour l’industrie humaine : et pourtant l’homme le brise sans regret. Dites qu’il est affreux à notre âme avide de n’avoir qu’une existence accidentelle ; dites qu’il est sublime d’espérer la réunion au principe de l’ordre impérissable : n’affirmez rien de plus.

L’homme qui travaille à s’élever est comme ces ombres du soir qui s’étendent pendant une heure, qui deviennent plus vastes que leurs causes, qui semblent grandir en s’épuisant, et qu’une seconde fait disparaître.

Et moi aussi j’ai des moments d’oubli, de force, de grandeur : j’ai des besoins démesurés ; sepulchri imme -