Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1867, tome 3.djvu/55

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SCÈNE I

[Une tente dans un camp.]
Entrent Brutus, porté dans une chaise, Locrine, Camber, Albanact, Corinéius, Guendeline, Assarachus, Debon, et Thrasimachus.

BRUTUS.

— Très-loyaux seigneurs, fidèles compagnons, — qui avez avec moi, votre indigne général, — traversé l’abîme dévorant de l’Océan, — laissant derrière vous les confins de la belle Italie, — voyez, la fin de votre Brutus approche. — Il faut que je vous quitte, quelque regret que j’en aie. — Mes muscles se contractent, mes sens sont paralysés, — un froid glacé m’a pénétré jusqu’aux os. — La sombre et affreuse mort, au visage pâle et blême, — se présente devant mes yeux hagards — et s’apprête à me lancer le trait fatal. — Ce bras, messeigneurs, ce bras indomptable, — qui, si souvent, a abattu le courage de mes ennemis — et dominé l’arrogance de mes voisins, — frustré de son énergie et de sa force, — accablé par la décrépitude, cède aujourd’hui à la mort. — Tel finit, usé par les années, le cèdre vigoureux — qui répandait au loin son délicat parfum — parmi les filles du fier Liban. — Ce cœur, messeigneurs, ce cœur intrépide — qui était la terreur des peuples limitrophes — et pour mes royaux voisins un fléau terrible, — est brisé et privé de la vie — par les armes de la mort impartiale ! Ainsi la foudre — lancée des profondeurs brûlantes des cieux — et glissant le long de la voûte céleste, — déchire le chêne sacré et le fend jusqu’aux racines. — Vainement je me débats contre cet ennemi. — Donc, que la mort soit la bienvenue, puisque Dieu le veut ainsi.