Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1867, tome 3.djvu/56

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ASSARACHUS.

— Hélas ! monseigneur, nous déplorons votre situation, — et nous souffrons de voir votre personne ainsi tourmentée. — Mais quelle que soit la décision du destin, — il ne dépend pas de nous de l’annuler ; — celui qui voudrait mettre à néant cet arrêt suprême, — en volant avec Icare trop près du soleil, — pourrait faire une chute avec le jeune Bellérophon ; — car, quand les sœurs fatales ont décidé — de nous séparer de notre forme terrestre, — aucune force mortelle ne saurait contremander leur volonté. — Ainsi, digne seigneur, puisqu’il n’y a aucun moyen de s’y soustraire, — cessez vos lamentations et laissez-là vos pénibles gémissements.


CORINÉIUS.

— Votre altesse sait que de victoires j’ai remportées, — que de trophées j’ai élevés — triomphalement partout où nous avons passé ! — Le monarque grec, le belliqueux Pandrassus, — et toute la bande des Molosses, ~ Gossarius au bras fort, le roi des Gaules, ~ ont éprouvé la force de nos armes victorieuses — et apprécié à leurs dépens notre chevalerie. — Partout où l’aurore, servante du soleil, — partout où le soleil, brillant gardien du jour, — partout où le joyeux jour à la lumière vivifiante, — partout où la lumière rayonne sur le monde, — la gloire des Troyens vole avec des ailes d’or — dont l’essor échappe aux traits de la cruelle envie. — La renommée de Brutus et de ses compagnons — pénètre jusqu’aux cieux, et à travers les cieux jusqu’au trône — du puissant Jupiter, maître du monde. — Donc, digne Brutus, laissez-là ces tristes lamentations ; — que votre haute illustration soit pour vous une consolation, — et ne redoutez pas la mort, si terrible qu’elle semble.


BRUTUS.

— Ah ! Corinéius, vous vous méprenez sur ma pensée,