Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/112

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


CHIRON.

Aaron, j’affronterais — mille morts pour conquérir celle que j’aime.


AARON.

— Pour la conquérir ! Comment ?


DÉMÉTRIUS.

Que trouves-tu à cela de si étrange ? — Elle est femme, donc elle peut être courtisée ; — elle est femme, donc elle peut être séduite ; — elle est Lavinia, donc elle doit être aimée. — Allons, mon cher ! il file plus d’eau par le moulin — que n’en voit le meunier ; et il est aisé, — nous le savons, de voler une tranche d’un pain coupé. — Tout frère de l’empereur qu’est Bassianus, — de plus grands que lui ont déjà porté le cimier de Vulcain.


AARON, à part.

— Oui, et d’aussi grands peut-être que Saturninus.


DÉMÉTRIUS.

— Alors pourquoi désespérer, quand on sait faire sa cour — avec de douces paroles, de doux regards, et avec libéralité ? — Quoi ! n’as-tu pas bien souvent frappé la biche, — et ne l’as-tu pas emportée bellement sous le nez du garde-chasse ?


AARON.

— Eh ! mais on dirait que certain braconnage ou quelque chose comme cela — ferait votre affaire.


CHIRON.

Oui, l’affaire serait faite avec quelque chose comme cela.


DÉMÉTRIUS.

— Allons, tu as touché le but.


AARON.

Que ne l’avez-vous touché aussi ! — Alors nous ne serions pas ennuyés de tout ce fracas. — Eh bien, écoutez, écoutez. Êtes-vous assez fous — de vous quereller pour