Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/305

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verras, Thésée, — faire de lui une telle justice que toi-même en seras jaloux. — Ensuite prends ma vie ! Je te le demanderai en grâce.


PIRITHOÜS.

Ô ciel ! — quel être surhumain est-ce là ?


THÉSÉE.

J’ai juré.


ARCITE.

Nous ne réclamons pas — de toi un murmure de merci, Thésée ! Pour moi, — c’est chose aussi facile, aussi peu émouvante, de mourir — que, pour toi, de me condamner. Mais, puisque cet homme m’appelle traître, — laisse-moi dire ceci : S’il y a trahison à aimer, — à servir une aussi parfaite beauté, — comme je l’aime immensément et que je suis prêt à mourir dans ce culte, — comme, pour le prouver, j’ai exposé ici mes jours, — comme je l’ai servie, elle, avec le plus loyal dévouement, — comme je suis résolu à tuer ce cousin qui le nie, — déclare-moi le plus grand des traîtres, et tu me réjouiras. — Si j’ai méprisé ton édit, duc, demande à cette dame — pourquoi elle est si belle, et pourquoi ses yeux me commandent — de rester ici à l’aimer ; et si elle déclare que je suis un traître, — je suis un misérable qui mérite la mort sans sépulture.


PALÉMON.

— Tu auras pitié de nous deux, ô Thésée, — si tu n’as de merci ni pour l’un ni pour l’autre. Ferme, — si tu es un juste, ferme pour nous ta noble oreille ; — si tu es un vaillant, par l’âme de ton cousin, — dont les douze grands travaux couronnent la mémoire, — fais-nous mourir ensemble, duc, sur l’heure. — Seulement fais-le périr un moment avant moi, — que je puisse affirmer à mon âme qu’il n’aura pas ma bien-aimée !


THÉSÉE.

— Je vous accorde votre demande ; car, à dire vrai,