Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/31

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devenues également les productions par lesquelles se manifestait la fécondité du jeune William, à la grande indignation de Greene et de sa clique ?

Pour justifier l’in-folio de 1623, la critique serait tentée d’abord de croire à une erreur de John Ward ou à une exagération de Robert Greene ; mais rassemblons nos souvenirs : songeons avec quelle déplorable facilité pouvaient disparaître les ouvrages dramatiques dont les théâtres acquéreurs empêchaient l’impression, par crainte de la concurrence ; rappelons-nous que, des deux cent soixante-six pièces jouées de 1591 à 1601 par la seule troupe du lord amiral, — troupe rivale de la troupe du lord chambellan, — quinze ou seize au plus ont pu parvenir jusqu’à nous ; rappelons-nous que nous connaissons a peine sept ou huit des deux cent vingt ouvrages composés par John Heywood, le plus fécond des contemporains de Shakespeare, et nous ne pourrons nous empêcher de soupçonner d’irréparables lacunes dans l’in-folio de 1623.

Ce qui est tout au moins certain, c’est qu’une pièce de Shakespeare, expressément nommée par son admirateur Francis Meres en 1598, Love’s Labours Won, Peines d’amour gagnées, pièce qui devait sans doute être la contrepartie de Peines d’amour perdues, n’a jamais été retrouvée. D’ingénieux commentateurs, pour expliquer cette disparition, se sont attachés à prouver que ce titre, Peines d’amour gagnées, désignait originairement la comédie définitivement nommée dans l’in-folio Tout est bien qui finit bien. Par contre, d’autres commentateurs non moins ingénieux ont soutenu que ce même titre était primitivement attaché au chef-d’œuvre que nous admirons aujourd’hui sous ce nom illustre : la Tempête. Mais ce sont là de pures conjectures, et il n’est malheureusement que trop possible qu’un ouvrage du maître ait été perdu.

Assurément la génération qui suivit immédiatement celle