Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/388

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Qui est maintenant désolé, si ce n’est Palémon ? car il ne peut plus retourner au combat. Quand Thésée eut vu ce spectacle, il cria aux gens qui combattaient encore : — Halte ! tout est fini. Je veux être un juge équitable et impartial, Émilie appartient désormais à Arcite, qui l’a loyalement gagnée par son succès.

Aussitôt, en réjouissance de cet événement, les acclamations du peuple retentirent si haut et si bruyamment, qu’on eût dit que la lice allait s’écrouler.

Que peut faire désormais la belle Vénus là-haut ? que dit-elle maintenant ? que fait cette reine d’amour ? Son désir n’ayant pas été accompli, elle pleure, et laisse tomber des larmes dans la lice, en disant : — Je suis certes bien humiliée.

Saturne dit : — Ma fille, prends patience, Mars a obtenu ce qu’il voulait, son chevalier a triomphé, mais, grâce à mon plan, tu seras bientôt satisfaite.

Cependant le terrible Arcite s’est défait de son heaume, et, pour se montrer, fait galoper son coursier le long de la vaste arène, en levant les yeux vers Émilie ; et elle lui jette un regard ami, et est toute à lui par la contenance, comme elle l’est par le cœur. Mais une infernale furie s’est élancée hors de terre, envoyée par Pluton, à la requête de Saturne ; le cheval effrayé se dérobe, fait un écart, et s’abat en bondissant ; ne pouvant reprendre son équilibre, Arcite tombe sur le crâne, et reste pour mort sur la place, ayant la poitrine meurtrie par l’arçon de la selle. Vite on l’emporte tristement au palais de Thésée. On le dépouille de son armure et on le met au lit ; car il conserve encore la mémoire et le souffle, et il prononce toujours le nom d’Émilie. Mais sa poitrine enfle, et la plaie s’étend sans cesse vers le cœur. Adieu la médecine ! Arcite doit mourir. Aussi envoie-t-il chercher Émilie et son cher cousin Palémon, et il parle ainsi : — Le triste esprit qui m’anime ne saurait vous expri-