Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 2.djvu/7

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Ainsi, le public anglais était particulièrement préparé pour accueillir le drame que Shakespeare allait lui présenter. Ce roman chimérique avait à ses yeux toute la dignité de l’histoire. Comment la foule l’eût-elle révoqué en doute, quand des savants, comme Belleforest et Welser, en affirmaient l’authenticité ? Les esprits étaient dès longtemps familiarisés avec toutes ces invraisemblances, et d’avance les acceptaient comme vraies. Ce prince de Tyr, fuyant de contrée en contrée la colère toute puissante du tyran Antiochus dont il a deviné les incestueuses amours, puis, après un naufrage, épousant la fille d’un roi qu’il a séduite et gagnée par ses prouesses dans une joute, devenant père au milieu d’une tempête, jetant à la mer sa femme qu’il croit morte en couches, et la retrouvant ensuite parfaitement bien portante à Éphèse où l’a conduit un songe, — cette princesse qui, après avoir passé plusieurs heures sous les vagues embaumée dans un cercueil, est jetée à la côte et rappelée soudain à la vie, — cette royale enfant qui, séparée de son père et de sa mère, tombe du trône dans un lupanar dont elle sort immaculée pour épouser un prince, tous ces êtres si complètement légendaires passaient alors pour autant de personnages historiques, dont les aventures, si extraordinaires qu’elles fussent, s’imposaient à la croyance universelle.

Aussi l’émotion du public fut-elle grande en 1608, quand les comédiens ordinaires du roi Jacques ier représentèrent sur la scène du Globe la pièce nouvelle à laquelle était désormais attaché le nom de Shakespeare. Tout le monde voulut connaître ce drame qui reproduisait si scrupuleusement un récit depuis si longtemps populaire.

L’auteur avait religieusement respecté la chronique. Tous les personnages traditionnels paraissaient dans le drame,

    liam Howe (1576) ; - The most excellent, pleasant and variable historic of the strange accidents that befell anto Prince Appollonius, the lady Lucina, his wife, and Tharsia, his daughter, by T. Twine (1607).