Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/287

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rirai aux éclats comme une hyène, à l’instant où vous aurez envie de dormir.

ORLANDO.—Mais ma Rosalinde fera-t-elle tout cela ?

ROSALINDE.—Sur ma vie, elle fera comme je ferai.

ORLANDO.—Oh ! mais elle est sage.

ROSALINDE.—Autrement, elle n’aurait pas l’esprit de faire tout cela : plus une femme a d’esprit, plus elle a de caprices : fermez la porte sur l’esprit d’une femme, et il se fera jour par la fenêtre ; fermez la fenêtre, et il passera par le trou de la serrure ; bouchez la serrure, et il s’envolera par la cheminée avec la fumée.

ORLANDO.—Un homme qui aurait une femme avec un pareil esprit pourrait dire : « Esprit, où vas-tu ? »

ROSALINDE.—Non, vous pourriez lui réserver cette réprimande, pour le moment où vous verriez l’esprit de votre femme aller dans le lit de votre voisin.

ORLANDO.—Et quel esprit pourrait alors avoir l’esprit de se justifier d’une telle démarche ?

ROSALINDE.—Vraiment, la femme dirait qu’elle venait vous y chercher : vous ne la trouverez jamais sans réponse, à moins que vous ne la trouviez sans langue. Qu’une femme qui ne sait pas prouver que son mari est toujours la cause de ses torts ne prétende pas nourrir elle-même son enfant ; car elle l’élèverait comme un sot.

ORLANDO.—Je vais vous quitter pour deux heures, Rosalinde.

ROSALINDE.—Hélas ! cher amant, je ne saurais me passer de toi pendant deux heures.

ORLANDO.—Il faut que je me trouve au dîner du duc ; je vous rejoindrai à deux heures.

ROSALINDE.—Oui, allez, allez où vous voudrez ; je savais comment vous tourneriez ; mes amis m’en avaient bien prévenue, et je n’en pensais pas moins qu’eux. Vous m’avez gagnée avec votre langue flatteuse ; ce n’est qu’une femme de mise de côté : bon ! —Viens, ô mort ! —Deux heures est votre heure.

ORLANDO.—Oui, charmante Rosalinde.

ROSALINDE.—Sur ma parole, et très-sérieusement, et que Dieu me traite en conséquence, et par tous les jolis