Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/334

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étoiles du ciel et par toutes leurs influences ; vous pourriez aussi bien empêcher la mer d’obéir à la lune que réussir à écarter par vos serments ou ébranler par vos avis le fondement de sa folie : elle est appuyée sur sa folie, et elle durera autant que son corps.

POLIXÈNE.—Comment cette idée a-t-elle pu se former ?

CAMILLO.—Je l’ignore, mais je suis certain qu’il est plus sûr d’éviter ce qui est formé que de s’arrêter à chercher comment cela est né. Si donc vous osez vous fier à mon honnêteté, qui réside enfermée dans ce corps, que vous emmènerez avec vous en otage, partons cette nuit : j’informerai secrètement de l’affaire vos serviteurs, et je saurai les faire sortir de la ville par deux ou par trois à différentes poternes. Quant à moi, je dévoue mon sort à votre service, perdant ici ma fortune par cette confidence. Ne balancez pas ; car, par l’honneur de mes parents, je vous ai dit la vérité : si vous en cherchez d’autres preuves, je n’ose pas rester à les attendre ; et vous ne serez pas plus en sûreté qu’un homme condamné par la propre bouche du roi, et dont il a juré la mort.

POLIXÈNE.—Je te crois. J’ai vu son cœur sur son visage. Donne-moi ta main, sois mon guide, et ta place sera toujours à côté de la mienne. Mes vaisseaux sont prêts, et il y a deux jours que mes gens attendaient mon départ de cette cour.—Cette jalousie a pour objet une créature bien précieuse ; plus elle est une personne rare, plus cette jalousie doit être extrême : et plus il est puissant, plus elle doit être violente ; il s’imagine qu’il est déshonoré par un homme qui a toujours professé d’être son ami ; sa vengeance doit donc, par cette raison, en être plus cruelle. La crainte m’environne de ses ombres ; qu’une prompte fuite soit mon salut et sauve la gracieuse reine, le sujet des pensées de Léontes, mais qui est sans raison l’objet de ses injustes soupçons. Viens, Camillo ; je te respecterai comme mon père, si tu parviens à sauver ma vie de ces lieux. Fuyons.

CAMILLO.—J’ai l’autorité de demander les clefs de toutes les poternes : que Votre Majesté profite des moments : le temps presse ; allons, seigneur, partons. (Ils sortent.)


FIN DU PREMIER ACTE.