Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/369

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LE BERGER.—Hélas ! pauvre malheureux ! un million de coups. C’est beaucoup de choses !

AUTOLYCUS.—Je suis volé, monsieur, et assommé. On m’a pris mon argent et mes habits, et l’on m’a affublé de ces détestables lambeaux.

LE BERGER.—Est-ce un homme à cheval, ou un homme à pied ?

AUTOLYCUS.—Un homme à pied, mon cher monsieur, un homme à pied.

LE BERGER.—En effet, ce doit être un homme à pied, d’après les vêtements qu’il t’a laissés : si c’était là le manteau d’un homme à cheval, il a fait un rude service.—Prête-moi ta main, je t’aiderai à te relever ; allons, prête-moi ta main.

(Il lui aide à se relever.)

AUTOLYCUS.—Ah ! mon bon monsieur, doucement ; ah !

LE BERGER.—Hélas ! pauvre malheureux !

AUTOLYCUS.—Ah ! monsieur ! doucement, mon bon monsieur : j’ai peur, monsieur, d’avoir mon épaule démise.

LE BERGER.—Eh bien ! peux-tu te tenir debout ?

AUTOLYCUS.—Doucement, mon cher monsieur… (Il met la main dans la poche du berger.) Mon cher monsieur, doucement ; vous m’avez rendu un service bien charitable.

LE BERGER.—Aurais-tu besoin de quelque argent ? je peux t’en donner un peu.

AUTOLYCUS.—Non, mon cher monsieur, non, je vous en conjure, monsieur. J’ai un parent à moins de trois quarts de mille d’ici chez qui j’allais ; je trouverai là de l’argent et tout ce dont j’aurai besoin : ne m’offrez point d’argent, monsieur, je vous en prie ; cela me fend le cœur.

LE BERGER.—Quelle espèce d’homme était-ce que celui qui vous a dépouillé ?

AUTOLYCUS.—Un homme, monsieur, que j’ai connu pour donner à jouer au trou-madame : je l’ai vu au service du prince ; je ne saurais vous dire, mon bon monsieur, pour laquelle de ses vertus c’était ; mais il a été fustigé et chassé de la cour.

LE BERGER.—Pour ses vices, voulez-vous dire ? Il n’y a