Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 1.djvu/250

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qu’il lui adressait, — avec tous les détails de l’heure, des moyens et du lieu.

LE ROI

Mais comment a-t-elle — accueilli son amour ?

POLONIUS

Que pensez-vous de moi ?

LE ROI

— Ce que je dois penser d’un homme loyal et honorable.

POLONIUS

— Je voudrais toujours l’être. Mais que penseriez-vous de moi, — si, quand j’ai vu cet ardent amour prendre essor — (je m’en étais aperçu, je dois vous le dire, — avant que ma fille m’en eût parlé), que penseriez-vous de moi, — que penserait de moi sa majesté bien-aimée la reine ici présente, — si, jouant le rôle de pupitre ou d’album, — ou faisant de mon cœur un complice muet, — j’avais regardé cet amour d’un œil indifférent ? — Que penseriez-vous de moi ?… Ah ! je suis allé rondement au fait — et j’ai dit à cette petite maîtresse : — Le seigneur Hamlet est un prince hors de ta sphère, — cela ne doit pas être. Et alors je lui ai donné pour précepte — de se tenir enfermée hors de sa portée, — de ne pas admettre ses messagers, ni recevoir ses cadeaux. — Ce que faisant, elle a pris les fruits de mes conseils ; — et lui (pour abréger l’histoire) se voyant repoussé, — a été pris de tristesse, puis d’inappétence, — puis d’insomnie, puis de faiblesse, — puis de délire, et enfin, par aggravation, — de cette folie qui l’égare maintenant — et nous met tous en deuil.

LE ROI

Croyez-vous que cela soit ?

LA REINE

— C’est très-probable.